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Sylvaine Pascual est une coach spécialiste de la question de la reconversion et de l’épanouissement professionnel. Régulièrement interviewée par les journalistes, elle est la coach de référence pour de nombreux professionnels de l’accompagnement et alimente quotidiennement un blog où elle partage un contenu généreux, teinté d’humour. « J’y dédramatise des situations : si on peut rire de nos tragédies du quotidien, c’est mieux. », explique-t-elle.

Il y a plus d’un an déjà, j’ai eu le grand plaisir de la rencontrer en toute simplicité, après l’avoir suivi sur les réseaux sociaux depuis de nombreuses années. Je me prends enfin le temps de retranscrire ses mots pour un portrait intime. En espérant qu’ils raisonneront chez vous également. 😊

– En quelques mots, quel est votre parcours ?

J’ai commencé par enseigner en classe préparatoire aux oraux de concours où je faisais passer des galops d’essai. Mon constat : la pratique ne suffit pas, certains élèves restent inhibés face à l’exercice et je m’ennuie ferme. En 2003, un accident de cheval me contraint d’arrêter de travailler pendant un an. J’ai cherché une formation pour m’occuper et accompagner les oraux de concours : c’est là que je découvre le coaching.

Quand vient le moment de retourner travailler, je décide de quitter l’Éducation Nationale pour rejoindre un organisme de formation. Deux ans plus tard, je me lance à mon compte. J’ouvre le blog et très rapidement j’ai une clientèle importante sur la thématique de la reconversion professionnelle. Je découvre peu à peu que mon discours est différenciant et deviens peu à peu experte sur le sujet.

– A quoi ressemble votre vie professionnelle aujourd’hui ?

Ma vie professionnelle me ressemble complètement : elle est atypique ! Je me lève le matin sans savoir ce que je vais faire dans la journée : je suis réfractaire aux contraintes. Les seules contraintes horaires que j’ai sont celles de mes clients. C’est ce qui me rend efficace, sinon je procraniste. Ma vie se partage entre mes clients, mon blog et mes réseaux sociaux et l’ingénierie de l’accompagnement. J’élabore en permanence mes accompagnements. Je ne lis pas les coachs, je lis peu de blogs, je m’intéresse un peu à la recherche psychologique. J’ai mon petit laboratoire où je bricole mes outils. Il m’arrive d’en inventer qui sont véritablement nouveaux, parfois je conçois des outils qui existent déjà. Et je me régale ! Certains coachs se forment à plein de techniques (hypnose, PNL…) mais moi, je m’ennuierais si je le faisais.

Avec mes clients, j’expérimente beaucoup et utilise moins la notion d’objectif SMART [Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste, inscrit dans le Temps]. Mes clients sont comme moi, hyper créatifs, des électrons libres. Certains se figent avec pareils objectifs. Si je m’y prends autrement, ils sont plus efficaces.

– Qu’est-ce qui vous donne envie de vous lever le matin et vous procure du plaisir ? Qu’est-ce qui vous rend le plus fier aujourd’hui dans votre quotidien ?

Dans ma façon de vivre mon métier de coach, j’ai fait en sorte d’avoir différentes sources de motivation et de plaisir, comme lors de l’élaboration d’outils d’ingénierie par exemple.

Au quotidien, je prône une forme de simplicité : s’il y a des choses à dire, je ne me prends pas la tête, évite de sur-analyser (tout comme sous-analyser). Je garde une forme d’humilité. La science nous démontre plein de choses et le développement personnel nous trompe parfois. Faisons simplement confiance à notre bon sens.

Je tire aussi mon énergie dans l’humanité, la chaleur humaine. L’humain est précieux et j’ai du mal avec l’idée que l’humain souffre. Certains de mes clients ont des problématiques vraiment difficiles. Je fais alors preuve d’un maximum de chaleur, j’accueille la souffrance, les difficultés… Je cherche ce qui marche bien pour mon client. Je n’applique pas de grandes théories sur le « comment il faut s’y prendre » et m’applique plutôt à prendre la personne avec son mode de fonctionnement, sa bizarrerie et on cherche ensemble une solution unique, la sienne.

– Sur votre site Ithaque Coaching, 1er influenceur français sur le changement de métier, vous parlez de reconversion, mais aussi de job crafting. C’est un terme que j’aime beaucoup, car je l’associe à l’idée de travail manuel, de créativité, de sur-mesure, d’envisager sa vie comme une œuvre d’art… Ca vous parle ? Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est le job crafting ?

J’aime l’idée de l’œuvre d’art. Il y a quelque chose de très artisanal, pas d’artistique : pas besoin de don pour cela, mais du savoir-faire. Le terme de job crafting n’a pas d’équivalent en français. Cela signifie pour moi adapter un job à ses désirs plutôt que de se suradapter. Concrètement, cela peut constituer à demander une journée de télétravail ou faire évoluer le contenu du travail. A mon sens, c’est plus important qu’ajouter une table de ping-pong ou un baby-foot à la cafèt’ de l’entreprise. Pour la personne accompagnée, c’est aussi travailler sur ses relations, l’estime de soi, la compréhension de ses émotions, la gestion du temps, la méthode de travail… Bref, se saisir de son pouvoir d’agir, si l’on reprend la terminologie d’Yves Clot.

Les gens ont souvent une notion étroite de ce qu’ils pensent pouvoir obtenir. Quand ils commencent à obtenir 1, puis 2, puis 3 changements, là on va vers l’œuvre d’art. Petit pas après petit pas. Parfois il y a de grands bonds, parfois des retours en arrière. Quel que soit son projet, ce qui garantit de mieux vivre son travail, ce sont les conditions d’exercice. Pour ma part, je ne travaille pas après 18h30. La réalité correspond à ce qu’on croit : pour moi, c’est qu’à 19h c’est l’apéro !

S’agissant du contenu des tâches, il suffit parfois d’évoquer à son manager son envie d’évolution. Un manager sait ce que vous savez bien faire, pas ce que vous aimez faire. Il ne le saura que quand vous lui aurez dit. Ce qui peut nécessiter de muscler l’estime de soi pour être en mesure de le partager.

Le simple fait d’en parler soulage, même si le manager ne l’entend pas toujours… Une chose est sûre, le meilleur moyen de ne pas obtenir est de ne pas demander. 😊

–  Qu’avez-vous envie de dire à ceux qui veulent réinventer leur carrière aujourd’hui ? Quelles sont les premières étapes pour se repositionner ?

C’est la grande erreur : il n’y a pas d’étapes, toutes les questions qui viennent ont besoin d’être traitées. On peut simplement formuler des questions ouvertes : « si je me reconvertis, comment je vais m’y prendre ? ». Par contre, il n’y a pas de « bonnes » questions.

Ce que j’aime ne m’apprend pas forcément ce que je vais faire demain. Il y a un discours ultra convenu et tarte à la crème qu’il vaut mieux éviter. Je peux conseiller de ne surtout pas trouver sa voie : c’est quoi, ce conte de fée ? A quoi ça sert à une époque où tout bouge très vite et où on ne sait pas quels métiers existeront demain ? Nous ne sommes pas nés pour faire un seul métier et heureusement parce que si c’est poinçonneur des lilas, on est mal barré ! Les gens cherchent un métier rêvé comme une colombe qui sort du chapeau. Or, ça ne se passe pas comme ça. Aujourd’hui les créatifs avec de multiples centres d’intérêt se mettent une pression gigantesque. Prenons chaque élément un par un et cherchons ce qui intéresse dans chaque centre d’intérêt pour créer une mosaïque.

En période de reconversion, rêvasser permet de faire fonctionner son cerveau à toute vapeur et baisser la pression sur le résultat (« il faut que je trouve »). Plutôt que de modéliser par une démarche spécifique qui omet d’identifier les hybridations, il faut marcher, avancer, explorer, jouer de la sérendipité.

Il y a 2 phases : la réflexion et la reconversion en elle-même. La première ne peut pas être une masturbation intellectuelle : elle a besoin de s’appuyer sur du concret. Il faut expérimenter dès lors qu’un secteur intéresse et réaliser une enquête métier. Même sans être sûr d’avoir envie de s’y lancer. Est-ce que j’ai envie d’aller plus loin ? Quels enseignements -positifs et négatifs- j’en retiens ? Comment puis-je faire du job crafting ? Aller à une conférence, suivre un Mooc ou farfouiller sur Internet permet de tirer des fils, d’aller voir tous azimuts et faire du tri au fur et à mesure entre ce qui est trop difficile, pas viable financièrement, etc. Si la personne en questionnement renonce à sa piste professionnelle, c’est en son âme et conscience.

Pour certains qui ont peur de s’ennuyer, hybrider un métier peut être une solution. Il faut explorer comment le vivre au mieux et pourquoi pas inventer sa propre façon de l’exercer. Cette démarche est stimulante, nourrissante, fun, libératrice…

Quant aux tests de personnalité, ils me semblent normatifs et poussent à croire qu’on devrait avoir une idée, parfois à tort. Mieux vaut que ses pistes professionnelles viennent de soi.

Enfin, comme évoqué tout à l’heure, explorer ses besoins professionnels est primordial : contenus, conditions d’exercice… Si je me prends à titre d’exemple, le mail m’ennuie : je l’utilise pour un premier contact et plus après. Ça vous parle ?

– De votre expérience, quels sont les bénéfices d’un travail sur soi ? Qu’est-ce que ça implique de la part de la personne coachée ?

Le coaché vient avec ce qu’il a, les limites du regard qu’il porte sur lui-même. Pour celui qui ne peut pas se frotter avec ses limites, je l’accompagne dans ce qu’il peut accepter.

Certains clients sont convaincus de savoir ce qu’ils veulent sans s’être confronté au terrain. Donc, on évoque ensemble la difficulté à choisir un projet sans expérimentation.

Le mieux est de venir comme vous êtes. C’est notre responsabilité à nous, coachs, pendant l’entretien préalable, de définir si nous pouvons accompagner ce client ou pas, si nous pouvons lui apporter quelque chose, de vérifier que cela correspond à ce que nous aimons faire et enfin, si la demande du client potentiel relève plutôt de la thérapie ou du coaching.


– Quels sont les enjeux dans le monde professionnel selon vous ?

Un seul : veille métier ! Les métiers évoluent extrêmement vite. Le seul moyen de rester employable est de rester en veille sur leur évolution.

– Si vous étiez un animal, quel type d’animal seriez-vous ?

Je serais un chat pour la bulle, un cheval pour l’énergie, un ours pour le besoin de solitude et un singe pour le besoin de contact.

– Quelle est votre citation favorite ?

Je déteste les citations ! Si je me prête toutefois au jeu, je citerais Victor Hugo :

“Vois s’élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprits dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.”

Client Eastwood disait aussi cette phrase inspirante : « J’ai essayé d’être raisonnable mais je n’ai pas aimé. ». Mais je n’ai jamais essayé de l’être donc ça n’a pas marché. 😊

Je préfère citer les extraits de poème : ce sont des invitations à réfléchir sur un sujet, pas une injonction. Vous en trouverez de belles illustrations sur mon blog :